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dimanche 15 mars 2009

Watchmen, de Zack Snyder - CRITIQUE


Le temps passe vite... J'étais encore en stage chez Ecran Large quand Watchmen était en production et que 300 sortait. 2 ans après, l'adaptation tant redoutée du monument du comic-book est enfin disponible sur grand-écran...

Synopsis : Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, Watchmen se passe en 1985, dans une Amérique alternative plongée en pleine guerre froide où les super-héros ont fait partie du quotidien. Lorsque l'un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier psychopathe mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros passés et présents.

Watchmen
, ou le comic-book réputé inadaptable depuis sa sortie en 1986. Terry Gilliam, Paul Greengrass et Darren Aronofsky s'y sont cassés les dents avant qu'un habile artisan ne s'empare du projet après la sortie de 300, adaptation déjà littérale du comic-book éponyme de Frank Miller. Bordel, plus de 20 ans après, dans une industrie ciné qui se pète la gueule et produit les pires trucs, que reste-t-il du chef d’œuvre d'Alan Moore ?

La surprise, c'est l'esprit fidèle que prend l'adaptation, encore une fois littérale de l'œuvre originale. Les décors, l'ambiance et le rendu visuel sont les mêmes, on peut même constater que la BD a carrément servi de story-board puisqu'on retrouve dans le film des plans similaires tout du long. Un travail mâché en somme, mais bourré de surprises aux fans avertis, de détails offrant à chaque instant de superbes plans à la haute teneur dark exigée depuis le succès mondial de The Dark Knight (lui aussi produit par la Warner).

D'une durée de 2h43, le montage ciné de Watchmen est quand même ultra impressionnant (niveau adaptation), très dense dans le développement de la majorité de ses intrigues, sachant raccourcir et aller à l'essentiel quand c'est nécessaire. En soi, le boulot d'adaptation est plus qu'honorable, mais quand on sait que Tery Gilliam fantasmait une adaptation TV de 5h, ça laisse songeur...
Le magnifique générique a pour vocation de résumer l'histoire des Minutemen, ayant mené à la création des Watchmen, tout en parcourant l'histoire uchronique de ces nouveaux États-Unis, efficacement inséré à l'intrigue qui suit.

Quand on lit le comics, on ne peut que se demander comment adapter des concepts pareils en film : un dieu bleu et nu, des héros ringards et pathétiques, et un final apocalyptique faisant flipper tous les studios depuis le 9/11. Tout n'est pas réussi dans cette adaptation, pourtant courageuse qui reprend littéralement des concepts en y croyant jusqu'au bout. Le changement majeur concerne la fin, qui si elle garde le même esprit, permet de singulièrement simplifier les enjeux de l'histoire. Et Bubastis le lynx fait partie de ces jolies surprises rapportées par le film.


Mais voir enfin Rorschach (l'enquêteur psychopathe) s'animer sur pellicule, c'est miraculeux. Tout comme le Comédien, salaud absolu et base de l'histoire puisque c'est sa mort qui déclenchera toute la machinerie. Quelques séquences présentent les différents héros retirés, et le segment consacré au Dr Manhattan est tout simplement splendide, de par les thématiques qu'aborde le personnage se sentant dériver (hors de toute humanité puisqu'il est l'égal d'un dieu) et l'utilisation de la musique de Philip Glass.

A propos de musique, c'est globalement la catastrophe. Le score, au demeurant très correct de Tyler Bates est étouffé par les choix musicaux illustratifs purement ahurissants de connerie de Snyder. Attention je cite alors cachez vos yeux pour les puristes : 99 Luftballons (Nena), The Sounds of Silence (qui a la rigueur peut passer) et attention le pire, Hallelujah de Leonard Cohen (et pas de Jeff Buckley) -- Rafik Djoumi de Mad Movies en parle mieux que moi sur son post consacré à Watchmen, hilarant une fois qu'on a vu le film. Et même si à côté de ça, Bob Dylan et Jimmy Hendrix sont de bons artistes (c'est indéniable), les morceaux choisis sont hors-sujets pour tomber juste sur cette chronique dépressive de fin du monde (car c'est bien de ça qu'il s'agit dans Watchmen !)



Question réalisation, Snyder aurait mérité de travailler plus sa mise en scène, au lieu de tout le temps se calquer sur la BD : A trop s'appuyer sur celle-ci, la mise en scène perd en impact, en puissance, et se montre peu inventive. Ça en devient frustrant dans de nombreux moments marchant sur l'effet de surprise, ou dans le cadre du découpage le plus simple ! De même, le film se montre trop illustratif, avec flash-back explicatifs pour ceux qui auraient fermé les écoutilles 10 minutes au milieu du film. Si, sans avoir lu la BD, on peut certes avoir du mal au début du film qui enchaîne les références (pas toutes nécessaires à une compréhension totale), on raccroche très vite les wagons dès que Rorschach commence son enquête, véritable fil rouge du film.

Suivant la mauvaise habitude prise sur 300, le "visionnaire" Zack Snyder continue son utilisation abusive des ralentis, utilisés à outrance. En dehors du fait que c'est globalement pour illustrer des scènes de bastons pas nécessaires, il a en plus la mauvaise habitude d'utiliser cet artifice sur des moments assez peu crédibles en l'état, d'où l'effet généralement pourri en résultant.
Conscient qu'avec sa reprise de scènes chocs, Snyder écopera d'un R-Rated pour Watchmen, il rajoute quelques séquences ou plans gores parfaitement dispensables et du coup purement gratuits ! On se perd peu à peu dans une illustration strictement violente des Watchmen, manquant cruellement d'émotion, quand c'est bien la seule directive que tout le monde aurait dû garder en tête !
Par contre, le fétichisme propre au port du costume est bien présent et fait très plaisir une fois qu'on s'accorde à trouver la vie de certains des personnages bien pathétiques... Les pauses de branleurs appuyant la street cred' ne sont qu'une projection des personnages tels qu'ils voudraient se voir et seul Rorschach "vit" son costume (il appelle son masque son "visage").

Mais bon, pour un film de super-héros adulte, vous pouvez aussi revoir The Dark Knight ou Incassable, faut arrêter de croire les sorties de projo chez Mad Movies. Watchmen est bon, reprenant certains moments très gênants du comics, mais sa perversion apparente se dilue dans une orgie numérique et de poses trop calculées pour être honnête.
Cependant, à côté des bouses que Marvel nous pond à une régularité affolante (la prochaine s'appelle Wolverine), Watchmen a quand même de la gueule, une certaine unité et ce qu'il faut d'ampleur pour ne pas laisser de marbre. A voir pour se faire un avis qu'on soit lecteur du comics ou non, et assister à un spectacle différent du tout-venant d'Hollywood. Même si pour certains, ça en fait partie...
Évid

Mes condoléances à Alan Moore.

3 commentaires:

Benjamin a dit…

Hallelujah a jamais été reprise par Elliot Smith, je crois que tu t'emmèles les pinceaux avec les chanteurs morts (c'est Jeff Buckley qui l'a reprise, et aussi Rufus Wainwright et John Cale)

mrWak a dit…

Je t'aime. La nuit fut dure. Et effectivement dès que c'est mort hein...

kL_m a dit…

hum faut que je lise le comic au final..