La dernière fois qu'on avait évoqué Mario Bava, c'était pour parler du merveilleux Danger: Diabolik! de 1968, un film dont le héros est une sorte de réponse négative aux James Bond tournés en grande pompe à l'époque. Si le film est un film d'action/d'espionnage, il est surtout un beau film d'auteur, siège de beaucoup d'expérimentations. Mais la manne de Mario Bava, c'est le film fantastique dont il sera l'un des plus beaux artisans, au cours d'une carrière particulièrement remplie.
En 1963, Mario Bava réalisait "Les Trois Visages de la Peur" (ou "I tre volti della paura" en italien), film à sketchs dont la terreur est le dénominateur commun. Un exercice de style où trois courts-métrages s'y disputaient l'attention, après que nous ayons été accueilli par un prestigieux maître de cérémonie en la personne de Boris Karloff (le Frankenstein original et tellement d'autres). Un point commun à ces trois essais : la présence de la femme et son rôle face au macabre, celle qui se précipite vers sa perte ou provoque celle des autres.
- Le Téléphone
Comme souvent au cinéma, un téléphone qui sonne peut suffire à faire monter la pression (Terreur sur la ligne et Scream semblent être de lointains héritiers), ici le huis-clos est soigné grâce à ses plans et le cadre presque labyrinthique de l'appartement qui offre de belles profondeurs de champ. Si l'issue est classique, le travail en amont est relativement intéressant.
L'amour classique et romantique prédomine dans les Wurdalaks |
- Les Wurdalaks
Le récit se réapproprie le mythe du vampire en édictant ses nouvelles règles, et passe par un inventaire des passages obligés du film baroque et fantastique. D'abord dans l'ambiance qu'il parvient à poser : forêt inhospitalière, maison isolée, brouillard permanent et jeu sonore sur le hors-champ ; puis, plus littéralement encore, avec têtes tranchées, squelette, possession démoniaque et son idée la plus marquante : le vol de la jeunesse, l'innocence sacrifiée. Par ses cadres, ses lumières et ses idées formelles, on devine que le segment a dû inspirer un grand nombre de récits fantastiques, tant sa grammaire paraît claire. On sait Tim Burton grand fervent des travaux du réalisateur, il lui a d'ailleurs beaucoup emprunté au moment de la réalisation de Sleepy Hollow (1999), bel hommage aux films des studios britanniques La Hammer. Les Wurdalaks emploie par ailleurs Boris Karloff, dans un rôle de patriarche inquiétant, qui n'a aucun mal à véhiculer ce qu'il faut de bizarrerie décalée grâce à sa coiffure hirsute et son accent forcé.
Dans son déroulement, ce deuxième court-métrage fait penser à un autre classique du fantastique : The Thing de John Carpenter, grâce à sa gestion de la peur et les montées d'angoisses paranoïaques de chacun.- La Goutte d'Eau
Les inspirations des films sont attribuées, dans l'ordre, à Guy de Maupassant, Alexei Tolstoi et enfin Anton Chekhov… au spectateur de se faire sa propre opinion dans le cas de Maupassant (indice : les téléphones n'existaient pas au XIXème siècle). La version américaine diffère en certains points : tout d'abord, les segments ne sont pas montés dans le même ordre, on perd les interventions de Boris Karloff dans l'introduction et la conclusion (et c'est bien dommage vu son cabotinage outrancier), et le score de Roberto Nicolosi (compositeur régulier de Mario Bava) a été remplacé par une musique de Les Baxter.
Dernière anecdote concernant le film : en anglais, celui-ci a été rebaptisé Black Sabbath, et a inspiré le groupe de Ozzy Osbourne, qui, en 1969, s'appelait encore 'Earth' et se cherchait un nouveau nom de scène. You're welcome.
Les Trois Visages de la Peur/Black Sabbath ressort ce 29 Avril en Blu-ray chez Arrow Video.
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