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mardi 30 décembre 2014

Classement ciné : 2014 en 14 (et plus) films


Première année ciné complète en Australie (de janvier à décembre), dépendante des sorties locales. On se retrouve avec quelques répétitions et décalages inhérents aux sorties européennes et américaines entre 2013 et 2014. J'ai donc strictement tenu compte de la sortie salles en Australie pour ce classement : et malgré les nombreux films que j'ai raté, force est de constater que 2014 fut en l'état une grande année pour le cinéma.

Ayant été très occupé ces derniers mois, je me contente ici d'énumérer les films ; j'ai du texte en préparation, je mettrai à jour cette note dans les temps à venir.


14. The Guest, de Adam Wingard



Réalisé par Adam Wingard dont on n'avait pas apprécié You're Next l'année dernière, on pouvait légitimement se méfier de The Guest sauf que la surprise est de taille : lorsqu'un jeune soldat, David, visite la famille Peterson pour les aider à faire le deuil de leur fils mort au combat, David est accueilli à bras ouverts par la famille. S'ensuit quelques situations un peu étranges dont l' "invité" pourrait être l'instigateur...

Après une scène d'exposition impeccable, le réalisateur montre clairement qu'il maîtrise les codes des genres qu'il essaie de transgresser, et il le fait avec une rigueur procédurale. On se retrouve avec une situation typique du cinéma américain (le deuil de l'enfant mort pour la patrie), rapidement détournée vers le film de genre à l'air rétro ouvertement 80's, plongé dans une bande-son orgasmique mélangeant vieille électro (DAF), remix inspiré (Annie) et hymne mélancolique ("Haunted when the minutes drag" de Love and Rockets est un chef d’œuvre). À mesure que s'égrènent les indices, il est impossible de voir vers où le film se tourne, lequel reste incroyablement fun de bout en bout, et dont la virée ultra violente en fin de parcours est tout simplement cathartique. Les échanges avec le plus jeune fils, Luke, et la fille, Anna (interprétée par Maika Monroe), complètent l'étrange sentiment que quelque chose cloche, mais c'est toute cette ambiance qui fait pour la réussite du film. À ce sujet, c'est aussi la lente séduction entre David et Anna qui fait fonctionner le film à plein régime.
  
Fun fact, le fait que je ne connaisse personne qui ait vu le film, si ce n'est pour certaines amies dotées d'un goût pour les films étranges comme celui-ci et qui m'indiquent qu'elles ne connaissent le film que grace à l'acteur principal : Dan Stevens, a apparemment fait beaucoup d'effet sur la gente féminine dans la saison 3 de Downton Abbey, avant de quitter précipitamment la série pour tourner dans le film de Adam Wingard.
Chaudement recommandé.

13. The Raid 2 : Berandal, de Gareth Evans



12. The Wolf of Wall Street, de Martin Scorsese



11. Snowpiercer, de Bong Joon-ho




10. Inside Llewyn Davis, de Joel et Ethan Coen




9. The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson



8. Nymphomaniac - volumes I et II, de Lars Von Trier



7 ex æquo. Maps to the stars, de David Cronenberg + Nightcrawler, de Tony Gilroy

Un double programme tétanisant sur l'inhumanité galopante de personnages morts-vivants, la recherche avide de la reconnaissance médiatique et la folie d'une cité bâtie sur du vide.


 6. Her, de Spike Jonze



5. Boyhood, de Richard Linklater



4. Gone Girl, de David Fincher



3. The Immigrant, de James Gray




2. Interstellar, de Christopher Nolan




1. Under the skin, de Jonathan Glazer




Et la gros immondice indiscutable de l'année est bien évidemment The Amazing Spider-Man 2, dont on parlait sur le blog.
Pas vus : '71, Deux jours une nuit, Oculus, Wetlands, White bird in a Blizzard, The Babadook, Locke, Frank, Mommy, Only lovers left alive, Blue Ruin, A most violent year, Leviathan, Birdman, Inherent Vice (les quatre derniers n'étant pas encore sorti ici), A girl walks home alone at night (film de vampires iranien).

Bonne année ciné !

mardi 6 mai 2014

L'inédit cinéma : Sound of my voice, de Zal Batmanglij


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COUCOU je suis là !

Précédemment dans Geek me hard : Another Earth, de Mike Cahill

Oups, on dirait qu'on a parlé un peu trop vite en chantant les louanges de Brit Marling, dont on pensait le futur prometteur après Another Earth (2011). Peu de temps après celui-ci, la voilà de retour aux postes de scénariste et actrice principale d'un nouveau film, aidée dans sa démarche d'un certain Zal Batmanglij (ce nom de famille est un faux c'est obligé), co-auteur de la chose, qui réalise le tout. L'occasion d'exprimer une nouvelle fois nos réserves face à ces auteurs cumulant les postes de réalisateur/scénariste/acteur/producteur, appréciant un peu trop les feux de la rampe auxquels ils s'exposent bien consciemment.

mardi 31 décembre 2013

Classement ciné : 10 films (et plus) qui ont fait 2013


Avec cette première année passée totalement à l'étranger, à cheval entre deux pays (Nouvelle-Zélande et Australie), difficile d'avoir le même accès aux sorties telles que programmées en France. On propose donc un top encore plus disparate et hétérogène qu'à l'accoutumée, fait de ces moments de cinéma qu'on aura réussi à attraper. J'ai raté tellement de films (il y a des absences indécentes - Tarantino, Malick, Bigelow, PTA, Linklater) que je revisiterai ce top dans le futur ; en attendant le décompte est seulement là pour se faire plaisir. Il faut aussi en profiter pour relever l'incroyable présence et diversité des personnages féminins dans les meilleurs films de l'année, signe des temps sans doute...


11. John Dies at the End, de Don Coscarelli

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On avait laissé Don Coscarelli en 2002 avec son joli Bubba Ho-Tep où l'on apprenait que Elvis et JFK n'étaient pas morts, et affrontaient une momie dans une maison de retraite. Seul signe d'activité du réal depuis, un épisode de l'anthologie Masters of Horrors en 2005.

Puis déboule John dies at the end, financé de façon indépendante, car on imagine mal le réalisateur arriver chez les studios, pitcher son scénario taré de drogue envoyant ses usagers à travers le temps et les dimensions. C'est un film bien monté, bien filmé, il est presque surprenant de revoir Don Coscarelli dans un film qui pète autant le feu, avec des concepts et des intrigues incroyables, qui auraient certainement mérité d'être mieux encadrés. Dans son humour et son rythme, le film rappelle parfois Detention de Joseph Khan, qui n'est pas le meilleur ami des critiques - sauf ici. Et Coscarelli fait appel à un humour de plus en plus navrant à mesure de son développement, pourtant, l'atmosphère est exemplaire : il s'y développe une empreinte à la bizarrerie assez originale et subtilement paranoïaque, un peu comme dans le They Live de Carpenter. Le film rappelle aussi volontiers le Cronenberg du Festin Nu ou de Existenz, avec ses lueurs blafardes de néons et de diners pourris et abandonnés. C'est un parent congénital dont on ne sait pas quoi faire, mais qui intrigue. Le récit s'empêtre malheureusement dans des incrustations d'effets spéciaux hasardeuses et des péripéties tellement grand-guignolesques qu'il en perd toute lucidité dans son dernier acte, mais le film a cette envie d'aller au-delà du pitch, du rythme, du montage, de créer sa propre narration, bref, il est étrange, imparfait et passionnant.
Sorti en France indéterminée (probablement jamais).


10. Pacific Rim, de Guillermo Del Toro 

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Le blockbuster de l'année si on ne s'en contente que d'un. La déférence de fanboy inégalée et des idées de mise en scène bluffantes, toutes au service d'une jouissance régressive. Le film-concept de Del Toro se tient totalement et demande absolument de laisser tout cynisme à l'entrée de la salle. Les vrais savent. L'avis en entier ici.
Aussi considérés : Star Trek Into Darkness pour son côté fun et immédiat, Man of Steel pour son What if? assez gênant et Kevin Costner, Iron Man 3 pour sa verve totalement outrancière et son final incluant Pepper Potts.
Pas vu : The Lone Ranger, dont j'entends pourtant de très bonnes choses.


9. Frances Ha, de Noah Baumbach

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C'est l'année du jeune adulte paumé ; ils sont partout et certains sont plus intéressants que d'autres. Frances Ha est indéniablement fascinante. Tourné en noir et blanc dans cet espèce de grain particulier, celui des souvenirs et peut-être de la mélancolie, le film suit Frances, 27 ans, pas vraiment mâture et en tous cas, aux choix indéfinis. Elle vit avec sa meilleure amie, Sophie, qui n'éprouve en fin de compte pas le même attachement qu'elle quant à leur amitié - elle souhaite aller de l'avant en s'engageant dans une vie d'adulte, ce qui est aussi perçu comme une trahison. 

Entre petites déceptions et fausses opportunités, le personnage tente d'avancer sans toutefois prendre les bonnes décisions. Et c'est parce que ce personnage est tellement vrai qu'on accepte toutes ces fantaisies : difficile de résister aux dialogues crues entre copines, à ces saynètes foirées de discussions embarrassantes, aux coups de têtes et autres petits jobs pour survivre. Les personnages ont tous leurs défauts et n'en sont pas vraiment conscients ; Sophie comme Frances ont des failles (des côtés égoïstes exacerbés) mais le processus de maturité, de se trouver et de décider de ce qui est bon pour soi n'arrive pas du jour au lendemain. Et c'est précisément parce qu'il n'essaie pas tant d'être malin qu'il l'est très naturellement, que le film de Noah Baumbach est aussi agréable à regarder, avec son atmosphère si particulière dans laquelle se lover.

Le film trouve au passage l'illustration la plus parfaite pour le Modern Love de David Bowie : une jeune fille un peu paumée, qui court et danse dans la rue.


8. Short Term 12, de Destin Cretton

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Cela fait maintenant des années que je clame à qui veut l'entendre que Brie Larson est une grande actrice, et malheureusement l'annulation de la série United States of Tara trois ans auparavant ne lui a pas offert depuis de rôles substantiels, susceptibles de le prouver. C'est maintenant chose faite avec le rôle d'éducatrice qu'elle tient dans Short Term 12, où le personnage de Grace lutte au quotidien auprès d'enfants défavorisés pour leur offrir un foyer temporaire. Sans être trop forcé, le film est poignant et émouvant, avec un passage en revue d'un certain spectre de l'émotion humaine (on s'y brise le cœur comme on y trouve l'inspiration), témoigne de la détresse de ses pensionnaires, revisite la lutte infini contre les éléments et l'investissement personnel de jeunes adultes paumés incapables car trop humains, de se détacher de leurs protégés. Un petit film miraculeux porté à bout de bras par Brie Larson et tout un casting de jeunes premiers.
Sortie en France en avril 2014.


7. Silver Linings Playbook + American Hustle, de David O. Russell

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Oui, je sais, c'est triché mais cette année nous a offert deux films de David O. Russell et comment dire, ce fut un plaisir. Dans le premier film, honteusement renommé Happiness Therapy "en français", l'intrigue est classique, mais l'exécution est parfaite. David O. Russell aime les récits de personnages et ça se voit : il offre à Bradley Cooper un premier rôle de haut vol, s'empare du prodige Jennifer Lawrence et la régule parfaitement. Le reste est à l'avenant, classique mais touchant avec des séquences de dialogues ultra-dynamiques : cette année, on a pas vu meilleur metteur en scène de brouhaha, agençant ses dialogues jetés à l'écran avec un sens parfait du rythme, gérant ses acteurs avec minutie et obtenant d'eux exactement ce qu'il veut.

American Hustle est aussi un gros film d'acteurs et de personnages, déguisé sous la reconstitution d'un New Jersey des années 70. Et attention les yeux, on croit assister un moment à un enfant monstrueux né des amours sordides de ce qui se faisait de mieux dans ses années folles. Christian Bale s'est détruit la santé pour le rôle, Bradley Cooper en fait des caisses (et ça passe), Amy Adams (partout en 2013) est phénoménale et Jennifer Lawrence compose un monstre bipolaire passionnant (vous l'aurez lu ici en premier : l'année prochaine, tout le monde parlera d'une certaine séquence rythmé par le Live and Let Die de Paul McCartney & the Wings). Chacun des membres du casting a droit en bonus à son petit moment capillaire très cocasse.

Le film tire un peu sur la corde mais un humour bizarre et constant rallie tous ses personnages et les situations, une constante incroyable vu ce qu'il se passe à l'écran, entre swag vintage incongrue, relations fusionnelles entre personnages paumés et ce désir brûlant qui guide tout un chacun, dans les errances et les doutes. Les reprises de chansons connues qui parsèment le film sonnent comme un écho aux arnaques du couple Adams/Bale et rappellent brièvement cette ligne de Jarvis Cocker : "A bad cover version of love / is not the real thing". David O. Russell est un putain de romantique !

Sortie française de American Hustle ("American Bluff" en français) le 5 février prochain.

Cliquez pour lire la suite...

jeudi 19 septembre 2013

L'inédit cinéma : Universal Soldier 4
- Le Jour du Jugement, de John Hyams


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Je sais, là on va très loin, mais il faut bien mériter le nom du site…

Dans ma grande (in)conscience, je n'ai vu aucun Universal Soldier, vestige des années 90 puis du direct-to-video. Tout au plus sais-je que Jean-Claude Van Damme et Dolph Lundgren doivent à la franchise une partie du statut culte qu'ils arborent aujourd'hui, franchise les ayant vus jouer d'anciens soldats décédés, puis régénérés et améliorés (!) en véritables armes gouvernementales. Dans ce 4ème opus toujours apprêté par John Hyams (fils de Peter Hyams, réalisateur de Timecop et Outland - Loin de la Terre), quelque chose a changé. Il suffit de regarder d'un air curieux le trailer pour s'en convaincre… Le réalisateur du troisième épisode a visiblement réfléchi en amont à sa mise en scène et a décidé d'en remontrer à tous ceux qui le prenaient pour un tâcheron. Car malgré son statut de DTV, Universal Soldier 4 est hallucinant techniquement : ouverture en vue subjective, cadres posés, travellings et plan-séquences, et une efficacité générale de sa mise en scène condensent toute la folie du film. Sérieusement, on tombe des nues en découvrant ce long-métrage bas du front qui raconte comment John (Scott Adkins) part sur les traces de Luc Devereaux pour venger sa famille, tout en se débattant dans une machination plus grande que lui. Les scènes de bastons sont au diapason, avec des combats sauvages d'une violence inouïe, sentencieuses, originales et montées de façon lisible.

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Et je vous mets une photo de Dolphy parce qu'en plus de vous faire rire,
je suis sûr que ça vous donne envie.

mercredi 9 janvier 2013

L'inédit cinéma : Dredd, de Pete Travis


Dredd, Judge Dredd, Garland, Karl Urban, Pete Travis, Olivia Thirlby, Lena Headey, 2000AD

Quand est annoncé le projet de relancer Judge Dredd au ciné, le personnage revient de loin : le souvenir tenace de l'adaptation Disney de 1995 avec Stallone dans le rôle-titre s'impose encore à tous (ainsi que sa version française désopilante, dont on se hurle parfois quelques répliques en soirée).
Originellement un personnage de comics anglais apparu dans la revue de science-fiction 2000AD, Judge Dredd évolue dans une Amérique futuriste et dévastée, gangrenée par la violence. Au sein de cette société corrompue, les Juges ont les rôles de policiers, juges, jury et bourreaux. Brian Bolland, dessinateur régulier sur la série, disait qu'il aimait la propension des divers scénaristes à instiller le doute quant à ce que le lecteur pouvait ressentir face à Dredd, sympathie ou aversion, en tous cas, un sentiment mitigé face à son inhumanité flagrante…

Le Dredd version 2012 réunit un pool de talents britanniques choisis pour réparer l'infamie : le scénariste Alex Garland (un habitué de Danny Boyle), le dessinateur de comics Mark Simpson en tant que concept artist, et le réalisateur de Angles d'attaque (Pete Travis) qu'on cite car il bénéficierait de l'appui du créateur du personnage, John Wagner, impliqué dans la production… bref, bonne volonté et ambition font partie du projet à ses débuts.

lundi 31 décembre 2012

Classement ciné : 2012 en quelques films

Le voici de nouveau, le top de l'année, un classement forcément subjectif et cruel, handicapé en plus pour cette édition par un décalage des calendriers des sorties entre la France et la Nouvelle-Zélande (pays absolument pas calé sur les sorties américaines comme je l'ai cru un moment) : les films arrivent bien plus tard sur les écrans, quand il ne parviennent tout simplement pas de ce côté du globe.
Un top posté depuis la route, un peu dans l'urgence ; on instaure donc un classement à vocation informative :


Alexandre Desplat, Moonrise Kingdom, Edward Norton, Suzie, Wes Anderson, Tilda Swinton, poster, affiche, trailer, top 20121 - Moonrise Kingdom (Wes Anderson)
Un peu facile, mais pourtant tellement évident. Présenté au 65ème Festival de Cannes, le film a ouvert la sélection officielle avec panache et beaucoup de cœur. Et pour cause, le charme désuet de l'entreprise est proprement désarmant. Situé dans les années 60 qui continuent d'inspirer tant le réalisateur, le film est un splendide roman-photo sans cesse renouvelé de petits détails, de trouvailles inventives, d'éléments familiers, comme une jeunesse retrouvée. La musique est à l'avenant, entre la partition de Alexandre Desplat et les ajouts de pièces classiques insérés dans la narration, qui ajoutent parfois à l’incongruité des situations, entre la visite d'un camp scout à la balade sauvage de deux amoureux, Sam et Suzy, à travers la forêt.
Loin d'être étouffé par les acteurs de renom peuplant son film, Wes Anderson les intègre à sa fantaisie mélancolique, renouant avec une audace insouciante où les enfants jouent aux adultes en espérant paradoxalement ne pas leur ressembler. Avec une joie pourtant indiscutable, Moonrise Kingdom plonge dans le romantisme des jeunes années, quand tout était possible. Impossible de ne pas y voir un constat mélancolique de tout ce qui a été et aurait pu être, quand bien même le film se termine de la façon la plus délicieuse et bouleversante qui soit. Au fond, Wes Anderson ne dit qu'une chose: n'attendez plus, soyez heureux maintenant.


Killer Joe, William Friedkin, Thomas Haden Church, Hirsch Emile, top 2012, Into the wild, Juno Temple- Killer Joe (William Friedkin)
Personne n'en doutait mais le choc fut à la mesure de l'attente : le nouveau Friedkin est un film miraculeux, produit avec une indéfectible volonté  de vouloir s'imposer au grand écran, pour explorer le côté perfide d'une humanité qui s'effrite. Le film est déjà diablement efficace quand apparaît finalement après quelques plans détournés le fameux Killer Joe, un professionnel tout de noir vêtu, inquiétant et mystérieux. Un personnage de cinéma fou et puissant, animé d'une logique lui étant propre. Avec ce film, Matthew McConaughey se rachète une conduite, et le reste du casting, tordu, est à l'avenant : Emile Hirsch, popularisé en American sweetheart par des films comme Speed Racer ou Into the wild, en prend sérieusement pour son grade, tout comme Thomas Haden Church, figure paternelle minable. C'est avec une remarquable acuité que le réalisateur croque ses autres personnages de seconde zone, leur absence flagrante de tourments et de remords, le tout combiné dans une ambiance glauquissime, qui fait mouche. Les derniers moments du film sont un électrochoc tel qu'on n'en a pas vécu au cinéma depuis longtemps, le recours à la violence ordinaire de péquenauds ayant toujours autant de puissance. Grand film.


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3 - Looper (Rian Johnson)
Troisième film pour Rian Johnson, qui parvient (tant mieux pour lui) à s'extraire de la frange indé dans laquelle il opérait pour réaliser un film de haute volée attendu au tournant par beaucoup. La "faute" à ses acteurs, à son sujet de science-fiction, ambitieux dans ses questionnements et sa logique tordue, qui débute par cette élégante pirouette grammaticale : "Time travel has not yet been invented. But thirty years from now, it will have been". À la manière d'Inception (la comparaison s'arrête là), le film ne s'attarde jamais sur la technique à l'oeuvre, et profite du gimmick du voyage temporel pour grimer Joseph Gordon-Levitt en jeune Bruce Willis, mimiques à l'appui (on passe un certain moment à dévisager le jeune Joe, comme un étrange anachronisme). Quant à l'acteur des Die Hard, force tranquille par excellence, il opère un énième retour, sans cesse sur la corde raide entre référence gouailleuse à sa propre carrière et volonté d'accepter son héritage sur le film d'action dans son ensemble, ici avec une humilité bien ajustée.

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Pensé comme un film d'auteur ultra-généreux, limpide et intelligent, Looper convoque la réalisation typiquement racée de Rian Johnson au service d'un jeu de chat et de la souris particulièrement emballant, à mesure que se dévoilent les règles à suivre d'un futur proche. Totalement référentiel (les armes des loopers, joliment rétros, renvoient à un fantasme de contrebandiers des années 30), le film développe en deuxième bobine un personnage ambiguë joué par Emily Blunt, dont on ne sait pas quoi attendre pendant un moment. En parallèle de la quête de Joe, la présentation de la vie isolée qu'elle mène avec son fils est une ouverture inattendue vers un nouveau chapitre ambitieux thématiquement, qui va irrémédiablement se mêler à la trajectoire du tueur.

Gorgé de sublimes plans low-cost et de quelques séquences dont les sujets sont bien ailleurs, Looper fait la part belle à l'artisanat d'un grand fan du genre. Rian Johnson est constamment mu par une volonté de créer une histoire dont il ne laisserait rien au hasard, entre SF et film noir, s'aidant de l'intemporalité du futur découlant d'un présent bien discernable ; totalement conscient du terrain balisé sur lequel il se lance (cf. certains dialogues à perspective de mise en abime), le réalisateur signe une jolie histoire, sur un destin tout tracé, ses possibles parallèles, les incartades sur lesquelles s'interroger et leurs conséquences. On n'avait pas apprécié de se faire ainsi perdre dans les méandres du temps et de leurs paradoxes depuis longtemps…


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4 - Faust (Alexander Sokurov)
D'après ce que je lis sur le film, soit on le place en première place toutes catégories confondues, soit on le déteste plus ou moins cordialement (mon binôme lors de la séance a voulu sortir de la salle au bout d'une demie-heure). Je reconnais la difficulté de la démarche, et je comprends aussi ceux qui peuvent rester hermétique à la chose. Au sein du film de Sokurov s'y bousculent des interrogations métaphysiques, des brins de rhétoriques, une logorrhée verbale incessante, des percées sombres et grotesques, un balancement lancinant entre les murs d'un village vert-de-gris. De déambulations labyrinthiques en rencontres diverses et originales, le film devient facilement éprouvant, passé un moment où la perplexité peut poser un frein à la surprise de la découverte. Une expérience de cinéma terriblement exigeante et un film que je ne reverrai sans doute jamais, et surtout pas dans mon salon, l'expérience cinéma semblant irremplaçable à ce stade.
L'avis en entier. 


Suzanne Clément, J'ai tué ma mère, Les Amours Imaginaires, Melvil Poupaud, Xavier Dolan, Nathalie Baye, top 2012, affiche, poster, teaser, test5 - Laurence Anyways (Xavier Dolan)
Melvil Poupaud, dans probablement le rôle de sa vie, endosse la lourde responsabilité de faire croire au cheminement tortueux qui pousse son personnage, le jour de ses 35 ans, à devenir une femme. Xavier Dolan a définitivement un maniérisme qui lui sied bien, une façon d'écrire et d'animer ses personnages selon une logique de cinéma lui étant propre, proche d'une certaine véracité des sentiments humains. Le délitement tragique de la relation amoureuse qu'il organise fascine et perturbe, irrémédiablement.

Sans s’appesantir inutilement malgré sa longueur colossale (2h40), le film traverse les séquences, toutes importantes, de construction psychologique, de doutes ou de certitudes : c'est le regard d'une femme qui sourit, d'un homme curieux, d'élèves doucement remués. Dans l'absurde capharnaüm d'appartements québécois, dans les bibelots de toutes sortes, dans la campagne où l'on s'évade (aparté déjà classique chez Dolan), on suit 10 années de vie de couple, parfois en suspension, entre Laurence et sa copine Fred (l'extraordinaire Suzanne Clément, qui jouait dans J'ai tué ma mère).

Perdu dans les méandres de ses tableaux parfois kitsch (au sens positif), Xavier Dolan compile de sublimes séquences rythmant la vie de couple de Laurence et Fred, entre disputes et réconciliations. L'interprétation assez exceptionnelle des deux acteurs est capable de traduire à l'écran les sentiments terribles qui les parcourent. Le film peut sembler classique dans son traitement premier de la décision de mêler les genres, mais le sujet est bien vite transcendé et tourne autour de la difficulté de vivre simplement, comme on l'entendrait.
En compilant méthodiquement les saynètes révélant peu à peu ses personnages esseulés, Xavier Dolan raconte une histoire d'amour incroyable et peint des passages entêtants où Nathalie Baye, notamment, continue de faire vivre le spectre omniprésent d'une mère difficile d'accès, vers laquelle se tourne son enfant écartelé d'émotions.
Au-delà de la simple ode à la différence, une histoire sur l'amour et son inexorable perte.


Millenium, The Girl with the dragon tattoo, David Fincher, Daniel Craig, 007, Rooney Mara, Mickael Blomkvist, The Social Network, Lisbeth Salander, top 2012, affiche, poster, teaser, picture
6 - Millenium (David Fincher)
"WE WANT INFORMATION". Fincher l'a bien compris, à l'image des divers responsables du Village dans la série britannique Le Prisonnier, qui le matraquaient eux-mêmes à chaque début de générique : l'information est le cœur du récit. Troisième film de serial-killer pour le réalisateur, mais aussi énorme film-dossier reposant sur le premier livre de la trilogie de Stieg Larsson, Millenium condense une partie des obsessions du réalisateur sur l'image et la quête effrénée d'information.

Conscient du matériel de base à exploiter et de ce qui a déjà été fait, Fincher s'approprie avec une grâce personnelle ce qui lui revenait de droit. Il réinvente au passage le personnage de Lisbeth Salander, plus frêle, comme son homologue du roman, et débauche Daniel Craig - qu'on n'attendait plus - dans le rôle du journaliste économique Mickael Blomkvist. Si le film est en anglais, il se passe toujours en Suède, et c'est dans un pays glacial, parfois déserté, et toujours lugubre que Fincher place ses pions. L'hiver semble éternel, même à l'échelle d'une année, et c'est en grande partie en mettant en scène l'équilibre vacillant des forces en présence dans ce contexte que Fincher trouve la force du film.
En écho à son titre anglais, le film se resserre sur Rooney Mara avec insistance, et le personnage trouve en Mickael Blomkvist un héraut inattendu, qui peu à peu la plonge dans une enquête vertigineuse où son histoire trouve un écho aux destins tragiques de femmes qu'elle croise. Mais ce qui importe est moins l'enquête que la rencontre des deux personnages et de l'humanisation progressive de Lisbeth, héroïne disloquée et asociale, pendant féminin traumatique d'un Jesse Eisenberg dans The Social Network.

A l'image du livre qui introduisait ses différentes parties par une statistique criminelle sur les violences faites aux femmes, le film devient peu à peu un rapport de la Suède misogyne au travers du portrait de l'apparente respectabilité de la famille Vanger. Les femmes y sont brisées avec un souci méthodique, sous une avalanche de faits, de photos, de rapports de police et de documents en tous genres, dans une nuée telle qu'il est parfois difficile de suivre le cheminement exigeant du film, reposant uniquement sur le montage. Pourtant le film file droit et déploie avec un trésor de minutie des plans d'une beauté effarante, montés de façon parfois vertigineuse. Il arrive aussi à s'éloigner de la pure information pour trouver quelques scènes où pointe une émotion mélancolique qui sied bien au projet.


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7 - Twixt (Francis Ford Coppola)
A priori difficile à appréhender dans la filmographie de Coppola, Twixt est le fruit d'une gestation entamée avec L'Homme sans âge et Tetro, où, libéré des attentes qu'on peut avoir de lui, Coppola se permet d'expérimenter avec toute la liberté qu'il souhaite. Twixt atteint cet absolu: c'est une fantaisie gothique, un film fantastique, le récit d'un drame personnel, une expérimentation de cinéaste. A son apparente laideur se substitue bien vite un fantastique salvateur et malaisé, où les traits du filmage en numérique encadrent les personnages et les fait évoluer au cœur d'une étrange bourgade anachronique.

Sous le couvert d'une enquête susceptible de lui apporter l'inspiration pour un nouveau livre, Hall Baltimore (Val Kilmer) se retrouve face au souvenir de sa fille, tragiquement décédée. C'est dans la confusion des plans de narration qu'apparaissent ces émois passés, où Coppola transmet à l'acteur, double du cinéaste, le poids de la culpabilité. Le cinéaste met ainsi en scène l'accident qui a coûté la vie à son fils en 1987, recréant le trauma poursuivant le personnage de Val Kilmer. La mise en abyme est littérale, quand Hall, guidé dans la montagne de son esprit, regarde en contrebas et contemple le tragique moment recréée sous ses yeux, dans le miroir de l'eau. Renseignements pris, la tragédie ayant frappé Coppola est si minutieusement retranscrite et si parfaitement similaire à celle de Hall Baltimore qu'on ne peut y voir qu'une tentative d'exorciser le souvenir dans l'onirisme. Quand le générique défile avec ces plantes rouges en surimpression, véritables cadres de théâtre, on a la sensation d'avoir assisté à un spectacle intriguant, sorte de veillée mortuaire où s'exorcisent les démons de chacun.


Les Hauts de Hurlevent, Andrea Arnold, Wuthering Heights, Kaya Scodelario, Fish Tank, Bright Star, Jane Campion, top 2012, affiche, trailer, teaser
8 - Les Hauts de Hurlevent (Andrea Arnold)
Troisième film pour Andrea Arnold, remarquée en 2009 avec Fish Tank, qui révélait du même coup Michael Fassbender dans la continuité de Hunger. Cette fois-ci, la réalisatrice adapte le roman de Emily Brontë, reprenant un projet en partie abandonné par les divers participants au projet - signe des temps que malgré l'universalité de son propos, le film avait besoin d'une patte délicate et d'une certaine personnalité pour s'affranchir de la bête adaptation.
Le film dans son entier est une expérience sensorielle incroyable et intense où les jeux de lumières, les gros plans et les cadrages à l'épaule, constants, permettent une immersion houleuse dans le quotidien d'une famille anglaise. Le format 4/3 emprisonne ses personnages dans son terrible drame, impression renforcée par les gros plans sur les visages, les détails multiples sur les sombres détours de la maison en pierre, les tissus des amples vêtements, les cadres pudiques de pure vue à la première personne. Les Hauts de Hurlevent est un cousin lointain du Bright Star de Jane Campion, calquant en partie son hyper-réalisme sur le film de la néo-zélandaise, réussissant à brillamment restituer la brutalité des éléments couvrant son microcosme (vent assourdissant, averse torrentielle, malléabilité de la terre). Et quand apparaît Kaya Scodelario, figure victorienne blême, on touche au sublime...
Réalisé en 2010, le film a trouvé le chemin des festivals dans la foulée, avant de se perdre dans les méandres des calendriers et d'échouer lamentablement en décembre 2012 sur les écrans français. A expérimenter de toute urgence. 


Detention, Joseph Khan, Community, Breakfast Club, Josh Hutcherson, Dane Cook, top 2012, meta, affiche, poster9 - Detention (Joseph Kahn)
Le mauvais goût peut parfois être dérangeant, alors autant être d'attaque quand on choisit de se l'infliger sciemment. Detention est à première vue un merdier absolu, dont les 2 premières minutes peuvent suffire à couper court à toute envie. Un film monté à la manière d'un clip vidéo, criard et dégorgeant de couleurs où s'ajoute un tel surlignage d'informations à l'écran (panneaux, textes, SMS, listes) qu'on frise l'overdose à chaque plan. Derrière le vernis en lambeau, on tombe en plein essai qui navigue entre les genres (teen-movie, slasher, science-fiction) avec une irrévérence et un second degré réjouissants, passée la mise en condition nécessaire pour apprécier la chose.
Le film trébuche à chaque fin de séquence, mais s'en tire à chaque fois in extremis avec une énergie du désespoir (et du découpage) qui surprend et force le respect. Une force qui réside en partie dans son casting, dont les acteurs représentent un échantillon anthropologique de clichés ambulants à mesure que le film se dirige vers un Breakfast Club moderne et tapageur.
La séance épuise littéralement, occupés qu'on est à suivre l'expérimentation délirante, l’œil rivé sur l'écran pour ne manquer aucuns des concepts évoqués, des gags en arrière-plan ou des réactions comiques dignes d'un sitcom à la Community. Le film se rapproche d'ailleurs de la série de Dan Harmon par son commentaire quasi-méta de sa propre situation de film bâtard, ultra-référencé, plein d'énergie et à l'optique clairement suicidaire. Un film absolument pas recommandé pour ceux qui estiment être trop correct pour la chose.


The Grey, Le Territoire des loups, Joe Carnahan, A Team, Liam Neeson, Narc, Affiche, James Badge Dale, poster, picture, top 2012
10 - The Grey/Le Territoire des loups (Joe Carnahan)
Le pétaradant Joe Carnahan a depuis un moment perdu le feu sacré instillé par Narc, mais le revoilà en bonne position cette année pour en remontrer à ses détracteurs : montant un projet lui tenant à cœur, Carnahan s'exile en Alaska tourner un survival poignant où les survivants d'un crash d'avion sont traqués sans relâche par une meute de loups. Éloigné du style tape-à-l'oeil de ses réalisations précédentes, The Grey (titre anglais infiniment plus approprié) se sert de son cadre de pur survival pour parler simplement de la vie et de la mort, avec ses mercenaires envoyés de leur plein gré à l'autre bout du monde, luttant pour leur propre survie au fin fond d'une nature inhospitalière. La mise en scène laisse suggérer les dangers alentours, se concentrant sur les hommes échangeant quelques dialogues, acceptant peu à peu leur sort.
Exilé volontaire hors de la civilisation, le personnage de Liam Neeson prend un dimension humaine étonnante à mesure que se déroule le voyage dans la neige empourprée. Quelques flashbacks mentaux (dont un, brutal, fait office de transition) dévoilés au cours du film permettent de simplement mettre ses actions en perspective. The Grey est un film de genre loin d'être parfait (sa structure simpliste est un problème), mais cherchant son humanité au-delà de ses actions, par ses personnages se remettant peu à peu en question et devant apprendre comment terminer leur cycle.
Carré, fort et poignant, le film offre en plus un rôle parfait à Liam Neeson, comédien qui s'enlise dans ces rôles de action hero ces temps-ci.


The Avengers, Joss Whedon, Robert Downey Jr, Jeremy Renner, Scarlett Johansson, Marvel, Assemble, top 2012, poster, affiche, trailer, picture, Manhattan, Thor, Iron Man, Hulk, Nick Fury, Captain America
11 - The Avengers (Joss Whedon)
La revanche de l'année, c'est celle de Joss Whedon sur l'industrie toute entière, qui à plusieurs occasions, lui a coupé l'herbe sous les pieds par le passé. Après quelques années de mise en forme, la Marvel parvient à concrétiser l'existence sur grand écran du groupe terminal de super-héros originels, et embauche le réalisateur pour se faire.
Question gestion d’égos, les scènes intermédiaires condensent l'essentiel des problématiques de personnages très riches et hauts en couleurs, correctement exploités malgré un humour omniprésent qui finit par provoquer une certaine distance. En décrochage permanent avec l'atmosphère qu'il essaie d'instaurer, Whedon les laisse souvent se mesurer les uns aux autres et si la dérision est de mise (et est bienvenue), l'ironie pointe aussi parfois le bout de son nez.
La remise à niveau de leur propre (in)humanité en cours de chemin, si elle est schématique, reste pourtant émouvante et symptomatique du genre, permettant au film d'accéder à un second palier où montent significativement la pression et les enjeux du film. 

 Dans son final, le film s'empare de Manhattan et s'en sert comme champ de bataille, renouant instinctivement avec le grand film catastrophe où les menaces seraient maintenant des demi-dieux, des aliens et des milliardaires aux égos démesurés enfermés dans des armures.
Le pétaradant Avengers revient alors à un essentiel de film plus positif, par l'agrégat de ses molécules instables, pleines de couleurs, volontairement anachroniques... Cet élan positiviste propre aux Avengers sonne comme une revanche au trama américain des années 2000, tablant sur un alliance contre-nature pour relever la tête avec humour et frapper fort. Une réalité reprise en écho par Tony Stark, énonçant dans une punchline belliqueuse que s'ils ne peuvent sauver la Terre, ils la vengeront. Étrange diction que de reconnaître que l'affrontement passe aussi par la défaite (la leur), mais perspicace, tandis que Manhattan s'écroule autour d'eux dans un triste écho au passé. Un spectacle certes plus inoffensif que The Dark Knight Rises, mais moins pompeux et plus contrôlé que le gloubiboulga concocté par un Chris Nolan tout puissant.


Haywire, Steven Soderbergh, Gina Carano, Lem Dobbs, Ewan McGregor, Michael Fassbender, Mathieu Kassovitz, Channing Tatum, Bill Paxton, Michael Douglas, Antonio Banderas, top 2012, affiche, trailer, poster
12 - Haywire (Steven Soderbergh)
Ce serait suite à la frustration de ne pas avoir pu tâter du James Bond que Steven Soderbergh aurait développé en deux temps, trois mouvements, le pitch et la production de Haywire, substituant le sempiternel agent macho par Gina Carano, une combattante de MMA (littéralement, "arts martiaux mixtes", un sport en cage qui cogne). Ce pari de faire d'une femme lutteuse l'héroïne d'un film d'action est typique de la volonté de Soderbergh d'essayer de bousculer les conventions, et le résultat est des plus impressionnants. 
Au cœur de l'intrigue dont on ne saura que le strict minimum, un casting masculin de haute volée composé en vrac de Ewan McGregor, Michael Fassbender, Mathieu Kassovitz, Channing Tatum, Bill Paxton, Michael Douglas et Antonio Banderas. Ils sont tous présents par pur caprice plutôt que pour leur réelle utilité, chargés de donner le change au seul personnage féminin du film, envoyé à un moment en mission pour faire la potiche : qu'on ne s'y trompe pas, Gina Carano irradie et c'est bien le reste du casting qui lui sert de faire-valoir.
Haywire et son action en flux-tendu sont donc une excellente surprise, qui ne transcende hélas jamais son statut de série B, la faute à un manque d'ambition prégnant, point sur lequel se seraient entendus Soderbergh et le scénariste Lem Dobbs pour raconter simplement leur histoire, très épurée (on n'en dit d'ailleurs rien pour ne pas gâcher le pitch original). La mise en œuvre du film est pourtant un petit bijou de mise en scène, tout entier tourné vers l'actrice qu'on retrouvera bientôt dans d'autres rôles similaires d'action-woman.


Dark Shadows, Tim Burton, Burbank, Mia Wasikowska, Helena Bonham Carter, Michelle Pfeiffer, Eva Green, Chloë Moretz, Bella Heathcote, top 2012, film, affiche, poster, teaser13 - Dark Shadows (Tim Burton)
C'est en pleine nouvelle ère qu'on redécouvre Tim Burton, tiré depuis longtemps de sa tranquille banlieue de Burbank pour embrasser un destin qu'on croit toujours trop grand pour lui, ou tout du moins pas tout à fait adapté, trop occupé qu'on est à vouloir le voir nous combler de ses fantaisies gothiques discrètes.
Dark Shadows compose ici sous le prétexte de l'adaptation cinéma, le retour en terre inconnue d'un marginal détonnant dans une Amérique des années 70, se découvrant une famille héritée du passé. Et Burton, de retrouver lui aussi un certain souffle où un étrange romantisme gothique enserre le film, en particulier dans son ouverture et son épilogue. Parfois cruel avec ses personnages et leurs destins brisés, le réalisateur ne recule plus devant l'image crue, et choisi de l'embaumer d'une tonalité tragique et merveilleuse à la fois, un mélange qui fait parfois joliment mouche.

Dans cette foire, c'est un show constant où les actrices se tirent joyeusement la bourre, face aux hommes, littéralement démissionnaires. Mia Wasikowska portait déjà tout entier Alice au pays des merveilles sur ses frêles épaules, ici c'est une dream team de cinéma qui s'en occupe (Michelle Pfeiffer, Eva Green, Chloë Moretz, Bella Heathcote), qui vampirise et sexualise le film : Tim Burton trouve un salut inespéré en la femme, comme on peut se permettre d'imaginer que sa femme, Helena Bonham Carter elle aussi présente, l'a "sauvé" lui-même.
Il faut s'y résoudre et l'accepter, Tim Burton ne fera plus le même genre de fantastique qu'on a connu. Le réalisateur a évolué en parallèle de sa vie personnelle. Devant Dark Shadows, certains crient encore au génie et on aimerait pouvoir s'en laisser convaincre... on se contentera de dire que la cuvée 2012 est étonnamment singulière, à l'image du portrait de famille recomposée qu'elle convoque.


Projet X, Nima Nourizadeh, top 2012, film, teenager, twitter, poster, affiche, image, picture14 - Projet X (Nima Nourizadeh) + Chronicle (Josh Trank)
Une place qui combine deux films hérités du found footage movie, un genre en plein déclin qualitatif depuis que le monde s'en est emparé pour produire des films à la nullité abyssale (quasiment rien à sauver du côté du film d'horreur depuis REC). Le style repose entièrement sur la participation du spectateur, exposé à une bande-vidéo brute, style film "de vacances" (pas de montage, d'effets sonores, de post-prod en somme) dont il va pénétrer l'univers, en voyeur compulsif qui s'infligerait un tel exercice.

Dans Projet X, un trio de losers tente de changer leur statut social en organisant la soirée du siècle ; c'est Superbad déjà remixé par la génération twitter. Embarqué dans l'invraisemblance la plus totale, le film passe par tous les lieux communs du teenage movie et file vite très vite vers les abus les plus inconsidérés, en cohésion totale avec l'univers précisément défini des ados américains et de leurs excès, vulgaires, gratuits et débiles. Le tout servi par une efficacité de réalisation rendue pourtant difficile à crédibiliser par la véracité de l'image crue de la pseudo-DV projetée en HD… un exploit qui doit à son montage discret, ses personnages archétypaux détournés et leur jeu, dans le ton : un véritable mensonge en soi. Mais la bonne humeur entraîne le tout vers des sommets assez réjouissants vu le cadre régressif.

Chronicle, Josh Trank, The Blues Brothers, John Landis, top 2012, poster, picture, trailer, filmUn cadre plus inattendu pour Chronicle, petit budget arrivé de nulle part et qui a fait grand bruit à sa sortie pour son mélange de teen-movie et ses attributs fantastiques le rapprochant du film de super-héros. Où l'on rencontre le triptyque traditionnel d'ados, se retrouvant doté de pouvoirs surnaturels après une exposition accidentelle à des minéraux dans une grotte : le film part déjà avec une certaine note référentielle dans l'air, qu'il va contourner méticuleusement. Très premier degré, le film est scénarisé par Max Landis, fils de John, qui a bercé nos années 80 avec Le Loup-garou de Londres et The Blues Brothers : lourde paternité, et bonne surprise à l'arrivée. Car le rejeton est habile et sait que bien incarner ses personnages permettra de faire passer la pilule. Le dispositif de mise en scène part d'un journal vidéo monté par l'un des protagonistes, et évolue au cours du film, à mesure que le même personnage prend de l'ampleur. Le film finit par perdre de vue son approche de found footage, en provoquant l'immersion par une mise en scène habile qui rattrape peu à peu le sujet de son film, avec différentes sources d'images se mêlant dans sa derrière partie. Une belle réussite, ambitieuse et jusqu'au-boutiste, qui traite de l'une des problématiques identitaires du  "super-héros", à savoir, quelle responsabilité endosser.


EDIT: Je viens de voir The Raid, on pourrait lui trouver une place sans problème !

Films pas encore vus : Anna Karenine (sortie fin janvier 2013 ici-bas), Amour, In another country, The day he arrives, Kid with a bike, Magic Mike, The Color Wheel, Les Bêtes du sud savage, The Master, Cogan - Killing them softly, Life of Pi, Your Sister's sister, Margin Call, Safety not guaranteed, The Deep Blue Sea, Take this waltz, The 5-year-engagement, Tinker Taylor Soldier Spy, Searching for Sugar Man, The Loneliest planet, Sound of my voice… bref, un peu trop pour penser être exhaustif.

La lose en 2012 : Premium Rush, Inside, The Darkest Hour, Ted, Sur la route.

A bientôt pour une nouvelle année ciné, qui s'annonce déjà belle avec le prochain Malick...


mercredi 12 septembre 2012

L'inédit cinéma : Detention, de Joseph Kahn


Detention, Torque, Joseph Kahn, SXSW, Breakfast Club, Hunger Games, Hutcherson

Detention est à première vue un merdier absolu, dont les 2 premières minutes peuvent suffire à couper court à toute envie. Un film monté à la manière d'un clip vidéo, criard et dégorgeant de couleurs où s'ajoute un tel surlignage d'informations à l'écran (panneaux, textes, SMS, listes) qu'on frise l'overdose à chaque plan. En s'accrochant un peu, on tombe en plein essai qui navigue entre les genres (teen-movie, slasher, science-fiction) avec une irrévérence et un second degré réjouissants, passée la mise en condition nécessaire pour apprécier la chose.
Le réalisateur, Joseph Kahn, clippeur de formation, est aussi le responsable de l'une des horreurs les plus marquantes de cette dernière décennie (Torque, tristement célèbre pour ses expérimentations hasardeuses), et n'a a priori rien pour attirer la sympathie. Pourtant, le film, qui trébuche à chaque fin de séquence, s'en tire à chaque fois in extremis avec une énergie du désespoir (et du montage) qui surprend et force le respect. Une force qui réside en partie dans son casting, dont les acteurs représentent un échantillon anthropologique de clichés ambulants à mesure que le film se dirige vers un Breakfast Club moderne et tapageur.


Detention, Torque, Joseph Kahn, SXSW, Breakfast Club, Hunger Games, Hutcherson
Génération glande

vendredi 13 avril 2012

L'inédit ciné : Red State (2010) de Kevin Smith


Red State, poster, affiche, Kevin Smith, Zack, Miri, make a porno, Jennifer's Body, The Haunting, Kyle Gallner, Michael Parks, John Goodman, article, test, critique, geekmehard, geek me hard, Kerry BisheAnnoncé très tôt dans les plannings, et annonçant le retour de Kevin Smith à des films à petits budgets (dans la veine de ses premières productions), Red State devait être tourné dans la foulée de Zack and Miri font un porno, avant d'être repoussé aux calendes grecques par les frères Weinstein, pas convaincus ; devant les problèmes de financement, Kevin Smith s'est chargé lui-même de tout le développement du film et sa distribution, évitant les gros circuits. Le film était initialement un film d'horreur classique avant d'être modifié au gré des changements de scripts en critique acerbe taclant comme souvent, le fanatisme religieux et la politique paranoïaque d'un pays en dérive.

Il faut s'abandonner un temps au film, avant de voir traitée la thématique qu'annonce le titre: Red State, du surnom donné aux états comportant le plus de chrétiens fondamentalistes - et par extension, républicains. C'est au milieu de ce grand nulle part qu'on retrouve tous les excès auxquels Kevin Smith aime s'attaquer.

mercredi 14 mars 2012

S'affranchir des tourments: Blue Valentine, Like Crazy, Crazy Stupid Love

Cette semaine, trois films et demi sur les sentiments, le débat amoureux, la recherche enivrée. Tout ce à quoi tu aspires, quand ton cynisme flanche au détour d'une rue, ou lors d'une nuit de solitude dans la ville désertée.
Soit dans l'ordre Blue Valentine de Derek Cianfrance, Like Crazy de Drake Doremus et enfin, Crazy, Stupid, Love de Glenn Ficarra et John Requa

jeudi 8 mars 2012

Footloose (remake, 2011) de Craig Brewer


Si on peut s'étonner de trouver ici chroniqué le remake de Footloose, il ne tient - à l'instar de Ghost Rider 2 qu'on passera un jour en revue - qu'à un seul argument: la personnalité de son réalisateur (en l'occurrence, de ses deux réalisateurs en ce qui concerne GR2). Footloose est le remake du film éponyme de 1984 avec Kevin Bacon, où un jeune citadin débarque un jour dans une petite ville de campagne où la musique et la danse ont été bannis. Aussi invraisemblable soit-il, ce pitch fait pourtant référence à de véritables politiques conservatrices, d'usage notamment dans des communautés sous influence religieuse non négligeable.

Un temps dévolu à Kenny Ortega (POUAH), c'est finalement le brillant Craig Brewer qui récupère le projet. On n'attendait pas du réalisateur des excellents Hustle & Flow et Black Snake Moan (critique ici-même) cette attitude de yes-man, mais il faut croire que l'appel du cœur a été plus fort, Craig Brewer se targuant d'être un véritable fan du film des années 80 (un projet de remake qu'il aurait un temps refusé, avant d'accepter de jouer le jeu).

dimanche 3 juillet 2011

L'inédit cinéma: Take me home tonight, de Michael Dowse

En ces temps nostalgiques (Super 8 où es-tu ?), c'est maintenant un autre film qui prend le parti de reconstituer les années 80, leur ambiance et leur douce euphorie, sous couvert d'une mélancolie typique du cinéma de John Hughes. A la fin de l'été, un jeune diplômé sans grandes perspectives se retrouve face à des choix à faire alors que la vie d'adulte s'apprête à exploser le cadre de sa petite existence. Et alors qu'il court après la fille de ses rêves, il reste le temps d'une dernière soirée pour tout corriger.

Aux manettes de ce petit film, l'acteur Topher Grace qui se dévoile enfin comme quelqu'un de sympathique malgré ses rôles au cinéma peu reluisants. Ici, l'acteur de That 70's Show semble même imaginer ce que serait devenu son personnage dans les années 80, après les étapes essentielles que sont la remise des diplômes et le bal de promotion. A la base du projet dont il a eu l'idée, il a su piloter la chose, la produire et se donner le beau rôle comme on joue dans son propre film autobiographique.
Mais ici il s'agit moins de se regarder le nombril que de rendre hommage à tout un pan de cinéma classique tout en se faisant énormément plaisir.

mardi 28 juillet 2009

Filmographie sélective - La vie, l'amour, les brunes : Liv Tyler en 12 films (2/2)

Seconde partie du dossier films consacré à la grande brune. Si tu es perdu, tu retrouveras la première partie de nos retrouvailles juste ici.
Ceci est une tentative enjouée de faire partager quelques moments cinés d'une actrice sympathique, à la filmographie diverse et variée. Parmi ses souvenirs émus se cachent quelques chroniques de films et la joie d'y trouver des qualités différentes à chaque fois.


Après l'expérience Empire Records, Liv Tyler est invitée à un caméo facilement identifiable dans U Turn (1997). Le réalisateur Oliver Stone, alors en pleine période post-Tueurs Nés, y retrouvait l'Amérique déjantée et redneck qu'il adore pour faire de ce film un sommet éprouvant de folie. Tombé en rade dans un coin paumé, Sean Penn se retrouve confronté à la faune locale, sérieusement attaquée par le soleil ; aux prises avec tout le monde, embrigadé dans des histoires de fric et manipulé par une Jennifer Lopez qui tournait encore dans des films intéressants (The Cell et Hors d'Atteinte), Sean Penn risque lui aussi de péter un câble...

U-Turn
est aussi un cas typique de film au casting impressionnant, qu'on identifie pas immédiatement. Dans la tourmente se trouvent aussi Nick Nolte, Jon Voight, Billy Bob Thornton et le couple Joaquin Phoenix/Claire Danes (réunis quelques années plus tard dans le magnifique It's All About Love). Un show permanent qui tape sur le système, dans le bon sens du terme. On peut croiser Liv Tyler à la station de bus, attendant patiemment son tour au guichet derrière un Sean Penn à bout de nerfs, cherchant à fuir la ville.